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Francine CARON
Francine Caron
Francine Caron, née l'année charnière d'Hiroshima et de la libération des camps nazis, écrit depuis 1965. Elle est aussi universitaire et revuiste (sa revue NARD, en 30 numéros, a publié 375 poètes, dont 97 femmes).
Dans ses 50 titres parus depuis 1973, qui interrogent la « poésie féminine », elle veut traduire l'Eros ou... l'Espagne, ainsi que ses voyages de par le monde, voire « la Nature », l'enfance ou le mystère animal, du lyrisme premier au haïku, sa récente recherche en « forme fixe », des plus actuelles.
Elle a publié 7 livres de bibliophilie : le premier, Cathèdres (en 1977, année de son prix Villon), chez Marc Pessin ; puis à TranSignum, dirigé par Wanda Mihuleac, en édition bilingue ou trilingue : Shoah (en 2007), Goya Goya ! et Cantate pour le Grand Canyon (en 2009), Bleu Ciel d'Europe et Entre deux Rembrandt (en 2010) ; Taj Mahal (en 2011) et mène une réflexion sur la traduction littéraire avec sa traductrice américaine, Basia Miller.
Elle est présente dans les anthologies poétiques chez Seghers, Hachette jeunesse, La Table ronde, Nil, Pauvert, ou en éditions universitaires chez Ellipses et chez Hermann (Paris, 2010).
Sur le thème de la Loire (cf. anthologie Orion dans Beauté de la Loire et de ses châteaux, 2010), sa « Loireleï » figure aux Presses universitaires d'Angers (1989). Elle est l'une des quatre poètes femmes présentées dans le « Tute de damas » (au sens de carré de dames), publié par les Presses universitaires de Cadix (2007), id est, dans l'ordre du volume, Hélène Cadou, Nicole Laurent-Catrice, Francine Caron et Ariane Dreyfus.
Voici quelques poèmes inédits de Francine Caron :
CHARRETTE
Transport de Veaux,
En bétaillère à trois étages,
Le soir dans les campagnes vides.
Leur « beu-eu » tragique,
aux carrefours
de brusque stop,
de brusques chocs.
À l'heure où les bons cœurs
regardent (à la télé)
l'abattoir des polars
« Route Odette », au Bois de Vincennes
« Emouvantes vieilles gens, dont je ne fais pas encor partie (on campe bravement sur un os étrange). Brinquebalant sur cannes, penchés / maladroits, sous chapeau coloriant canitie / calvitie, fragiles égale humbles, on ne voit qu'eux si l'on croise patience, rage, souffrance. Si l'on croise un espoir de sourire.
Il leur faut s'adapter à être balayés, déblayés, rejetés hors décor. Aciers rouillés, ferrailles que tassent des camions vers la décharge.
D'autres diraient qu'ils sont vieil or parant souvent les arbres, éclairant le regard de leur sagesse (supposée), dans l'ultime survie de quelque liesse. »
(inédit du vendredi 29 octobre 2010).
TOMBEAU DE FELIX
I
Tes yeux-merveilles. Dans la nuit d'émeraude.
Tes oreilles, grêlées de graines. Trouées par un chien, poinçonneur des Lilas.
Les branches de lilas, tu les escaladais, apparaissant soudain, conspirateur avide à la fenêtre.
Tu te reconnaissais dans le miroir. Fier de connaître un tel secret.
Familier demeuré au paradis d'enfance. Couronné d'animale passion.
Fourrure intacte, largement étalée ... ayant cessé d'être irriguée - . Fleurant lavande (et son huile essentielle) comme il n'est pas permis.
L'incarnation, cette splendeur. Entrer dans les Mille et Un luxes de la chair.
Reconnaissance à l'Orient pour l'encens.
Que ne viennent /PAS ENCOR/ les insectes. (Ta charogne, leur proie de choix - Ta beauté à bientôt dévorer.)
Que ne suis-je grand prêtre d'Egypte pour inciser ton ventre, retirer les viscères, obturer les vases canopes. Et te garder de dos, ainsi enseveli dans ton sommeil.
Pour t'inhumer : chausser les sandales d'avril - Celui-ci, celles-là qui virent célébrer de petites fiançailles de terre.
Et soudain, tout s'enchaîne. La Mort revient, à grands coups de bottes, la pelle à la main, te chercher.
II
Rejoindre les morts dans leur lieu. Là où ils stagnent. Encor - Là où nos souvenirs persistent, révèlent...
Pas de sang. En toi pourrissant - C'est moi qui l'ai perdu - Coupure.
On pense avoir pleuré « toutes les larmes de son corps ». Il en est tant - Nous, comme un océan de nuit.
Pour d'aucuns : « dépouille ». Je crois les connaître ces rêves, qui toujours te traversent.
III
TA géométrie // Cercle lové Cercle sombre // à la lune pleine
(inédit de mi novembre 2010, revu et corrigé en 2011)
Traduction anglaise de Basia Miller, assistée de Francine Caron :
I
Your eyes, those marvels. Through the emerald night
Your ears, pocked with seeds. Perforated by a pooch as if by the tichet-puncher at the « lilacs »
You'd scramble up the lilac and suddenly appear at the window - avid conspirator.
You recognized yourself in the Mirror. Proud to have such a secret.
Household pet, ever in the paradise of childhood. Crowned with animal passion.
Your pelt, intact, lies loose, lacking the flow of inner ointments. Smells immoderately of lavender (and its essential oil).
How splendid the Incarnation. Entry into the thousand-and-one luxuries of the flesh.
Gratitude to the Orient for incense.
May the insects not come ... yet. (They'll find your corpse, their favorite prey, and soon consume your beauty).
O that I were a High Priest of Egypt, incising the belly, removing the viscera, sealing the canopic vases. And keeping you with your back to me, thus entombed in your sleep.
For your burial : I don the sandals of april, witnesses of our lovely and earthly engagement.
Suddenly everything falls into place. Death returns for you, stamping her boots and wielding her shovel.
II
We must meet the dead where they reside. Where they rest. And where our memories remain and reveal.
No blood (it rots in you). I'm the one who lost it. A simple cut.
We think our eyes have wept all their tears. So many have been shed. We are like the océan of night.
For others, just your husk lies hère. But I think i know the dreams that still pass through you...
III
YOUR geometry // Dark Circle Complete Circle // beneath the full Moon.
Pour un TOMBEAU DE FELIX
LA VIE ... VIEILLESSE
« A force de vivre / onze ans / depuis l'adolescence / soit : cent trente deux mois ... quatre mille jours ! avec une dame très ancienne, tu avais cent connaissances humaines, acquis mille et une finesses.
Tu savais la douceur, la lenteur à petits pas (plus tard : un appareil), la voix chaude du temps des caresses, le journal étalé sur la table pour ces bonheurs, le sourire (au matin) de l'accueil, la réprimande (molle) devant telle incartade, le partage du jardin quand elle prenait place (en saison) sur chaise de bois déglinguée (un peu de peine encor à se pencher pour te flatter), sa tristesse lors de tes fugues (jusqu'à deux nuits), ses appels, ses questions aux pêcheurs le long de la Marne, sa Joie toute mâtinée de peurs aux réapparitions ... Ou les larmes tièdes tombées sur ton cou, quand tu remontais (ALORS) de la mort.
Tu n'oublias jamais l'odeur d'infirmerie / de la plaie / de l'ulcère / de tout ce qui rongeait - Et la vision sans cesse des gants de caoutchouc - Et comme, un dur matin de froid / après remue-ménage / montées-descentes incessantes d'hommes patauds, elle était - jour après jour - disparue de ta vie. »
(inédit de janvier-mars 2011)
CHARTRES
« FEU
des joyaux de nuit
des grands dessins qui fusent
Feu du soleil qui fut qui entrelace
Et l'Histoire est contée
le haut rêve
l'Hal/lucination neuve
Parle-moi de tes cercles de tes siècles
de tes demeures de tes flèches
où le Roman s'élève
où la Rose culmine
et cependant voilée
Rien qu'un mirage
Rien qu'un sillage
foulé par tant de vies
(Les pieds souffraient
Tous les pas dansent !
Les silex
aux chariots
s'apaisent
Vitraux qui souri/ez
Des bleus de gloire
amènent
à la Vierge seconde
et blanche
et majesté
Cependant
que la grotte re -
- cèle l'or et Vibre »
(inédit du 19 mars 2011).







